Triste Saint Valentin un soir d'hiver 

Un soir d'hiver où tu n'es pas là

La coupe est pleine il n'en fallait pas plus, la goutte d'eau comme on dit, la goutte d'eau ou le verre de vin celui que tu prends chaque midi chaque soir pour noyer ton chagrin, il n'en fallait pas plus, un dernier "tes mains sont sèches?" Et tu as claqué la porte, la porte de la cuisine, mais tu as oublié ta valise, la porte de la chambre mais ça ne te suffisait pas, on a pas assez de porte tu as claqué celle de notre fils, puis dignement sans un mot tu t'es retourné, un dernier espoir, "je te demandais juste si tes mains étaient sèches", tu as claqué la dernière porte. Mais est ce que tu as bien fermé ces satanées portes d'ailleurs. Je m'angoisse, je me calme non je m'angoisse, j'ai le palpitant qui s'affole et je cours je clanche la porte de la cuisine, celle de notre chambre qui n'a pas de clef, celle de notre fils qui n'a toujours pas de clef, et enfin la toute dernière, ouf, je suis rassurée, elles sont fermées à clef, je peux respirer et je m'affale. Mais si, enfin peut être ..... oui on ne peut pas négliger un petit écart de quelques millimètres et ce serait la porte ouverte à tous ces monstres qui se cachent dans l'ombre et n'attendent que ça, un voleur, un violeur, un tortionnaire, un voleur violeur, un voleur violeur tortionnaire, ou simplement un voleur tortionnaire et que penser du violeur tortionnaire. S'en est trop, je ne plus respirer, je vérifie tout, on est jamais assez prudent avec ces choses là. 

Bon, tout est fermé, je peux réfléchir. À quoi déjà ? Ha oui une dispute stupide qui n'a aucun sens à mon sens et aucun intérêt à mon intérêt. Enfin si il mettait du sien aussi, c'est pas ma faute à moi si je prends toutes ces précautions, c'est pour le bien de la famille, il y pense lui à sa famille mais quel égoïste ! 

Non vraiment je ne comprends pas. Est ce que j'ai bien fermé à clef ? Bon une toute petite vérification, comme ça j'aurai l'esprit tranquille et je pourrai ordonner mes idées. Rien que de penser à ordonner j'en suis déjà toute remuée, c'est que j'aime ça moi l'ordre, noter tout, refaire des listes, les ranger dans des classeurs avec des petites étiquettes qui viennent de la petite boutique d'imprimerie, après les avoir précautionneusement lavées bien entendu, c'est un peu long je l'admets mais quelle satisfaction lorsque c'est propre et dépouillé de la moindre petite trace de poussière ou pire de microbes. C'était un jeudi, à 13:48, l'année dernière, si je m'en souviens bien, c'est qu'il m'avait fallu près d'une semaine pour planifier cette sortie. L'eau de tous les robinets fermées, les prises deprisées, les lumières éteintes de leur halo bienveillant et enfin mon sac minutieusement préparé avec ses trois tubes de gel hydroalcoolique, on est jamais trop prudent. Je vérifie tous trois fois, enfin quatre, j'aime pas trop les chiffres impairs, puis je clanche la porte d'entrée frénétiquement, un badaud passe, lève les yeux au ciel mais je m'en moque. Enfin quand je dis que je m'en moque, maintenant oui après 2 ans de thérapie. Je m'égare je disais quoi déjà ? Ha oui je vérifie la porte et je marche vite sans me retourner avait qu'il ne soit trop tard et que j'en change vite d'avis comme toutes les fois précédentes. Ça y est je suis dans la rue, et d'un pas sûr évitant les traits au sol, je m'engouffre dans la boutique. Fermée. 2 minutes d'avance et cette sueur qui vient m'effleurer les tempes, si un passant me frôlait ou pire éternuait ? Je me calme, me demande si j'ai tout bien fermé chez moi, le poêle, non d'un chien de prairie le poêle ! Trop tard, la porte s'ouvre et l'imprimeur me serre déjà la main "ça faisait si longtemps" "mmmmhh" d'un signe de tête angoissée que je lui réponds, attrapant mon gel avec l'autre main histoire que je ne contamine  pas mon sac. "Et ça sera quoi pour la ptite dame?" "Mmmhhhhh et, euh vous allez bien depuis tout ce temps, la forme, pas de petits rhumes ou ....?" Ça l'a touché je crois bien, moi je voulais juste qu'il me réconforte dans l'idée qu'il n'allait pas me refiler la peste bubonique mais il a commencé à me parler de sa femme, son fils et son affreux petit fils gras et malpoli. Juste le temps d'attraper les étiquettes, un petit aurevoir et j'étais devant ma porte. Je n'y suis pas passé loin mais j'y ai réchappé. Un petit coup, juste une dizaine de fois, sur les mains, et je m'attaque aux étiquettes, faudra laver les clanches et la clef aussi, le sac, le manteau ça ne lui ferait pas de mal, oh et puis soyons fous je vais me prendre une douche et me changer, je porte mes habits depuis ce matin tout de même.

C'est dire que je m'en rapelle d'un périple pareil ! 

De là à claquer la porte, la valise sous le bras, il y va fort. 

Et si il avait fait tomber ses habits en fourant tout dans son sac, je vois déjà le massacre d'ici, chemises par terre, dépliées, froissées, ses caleçons sortant des boites .... bon j'irai faire un tour dans l'armoire mais pas tout de suite. C'est ça le contrôle et la thérapie, enfin la deuxième thérapie. J'attends un quart d'heure et j'y vais. C'est bien je progresse, mais si j'oubliais ? Je vais le noter on ne sait jamais ! 

Voilà tout est noté, vérifié et je peux enfin avoir l'esprit léger .... "chéri tes mains sont sèches ?"

 

À mon amoureux, dans le train un lundi à 17:34, pour toute sa patience et son amour, pour une non Saint Valentin, reviens vite, je crois que je t'aime.