Un 19 mars 1978

Un autre temps 

Le siècle dernier 

Le charbon répand son odeur et sa noirceur dans chaque tremice de notre cœur 

Tout est noir tout est pluie 

Je me lève dans cette torpeur d'été, ha non nous sommes le 19 mars, autant pour moi, je me lève dans cette pluie de printemps, les habits collent à ma peau, il fait chaud pour un 19 mars. Les yeux encore à moitié clos je me prends les pieds dans le tapis. Je n'ai pas de tapis, me tape le genoux gauche extérieur gauche dans la commode rose, je n'ai pas de commode, je n'aime pas le rose, je n'ai pas de commode rose. Me tête commence à s'éveiller et je ne peux m'empêcher de me poser cette question "mais où suis-je bon sang?" 

Du rose, du sol au plafond en passant par l'interrupteur, des petites tenues sont en train de sécher sur une corde à linge au dessus d'une baignoire, un café aux senteurs exotiques, exotiques ?, embaument l'air de cet appartement aux allures un peu trop féminines pour un homme de 39 ans. Une fenêtre, guidé par une lumière aveuglante trop aveuglante pour un 19 mars je me dirige vers cette fenêtre et l'ouvre d'un coup précipité, un peu trop précipité, la chambranle me reste dans la main. Encore un peu  coi je jette néanmoins un œil furtif au dehors. Spectacle. Interrogation. Étonnement. Surprise. Je vais me recoucher. Bon je suis dans un lit parfumée à la rose, dans des draps de satin parme, tout va bien je ne suis pas chez moi. J'ai dû en tenir une bonne hier, je ne me souviens de rien, mais même dans les moments les plus alcoolisés de ma vie je sais rester courtois, pas d'inquiétude, pas d'inquiétude. Pas d'inquiétude mais dehors il ne fait pas noir. Il ne fait pas charbon. Il ne fait pas voiture à vapeur, il ne fait rien d'un 19 mars 1978. 

Mais que se passe t'il bon sang ! 

Rappelle toi rappelle toi hier oui hier, je maudissais cette ville où chaque parcelle de notre corps respire le charbon, je maudissais ce travail, je voulais partir vite loin dans un pays de soleil où les chats se prélassent au son de musique jazzy où la lumière inonde tout sur son passage et transforme chaque être en une douce brise fraîche. J'avais déjà bu. 

C'est certain.

Tout s'embrouille mais je n'ai pas le temps de m'apitoyer ou de m'interroger, la porte d'entrée s'ouvre brutalement sur une femme qui m'inonde de paroles

"Tu as vu l'heure et c'est moi qui vais ranger ces habits et tu n'as pas éteint le café, tu te rends compte que sans moi ...." elle a vraiment de très jolis seins sous sa blouse vaporeuse, ses lèvres si finement dessinées et cette odeur douce et enivrante, je l'imagine serrée dans mes bras mais une tape sur le front me tire de ma rêverie 

"Tu bouges" 

Je me disais aussi que je ne méritais pas une telle femme. 

Ce n'est pas moi qui choisit les femmes c'est elles qui me choisissent.

Pour ma décharge, je n'ai rien pour moi, une dentition de travers, une calvitie naissante, des bras trop frêles ne parlons pas des jambes, je ne sais même pas comment elles tiennent le reste de mon immonde corps, c'est dire, un bon à rien, un rebus, un cachet et je m'endors jusqu'à la fin des temps. 

J'y ai songé, un peu, chaque jour, mille fois ..... la corde, les veines, le pont, le pont et la corde pour une fin théâtrale, les poisons, le choix est grand, mon courage beaucoup moins ....

Je laisse mon esprit divaguer et la porte claque. Trop tard, je n'ai pas eu le temps de lui poser toutes mes questions. 

L'histoire de ma vie.

Petit déjà j'étais dans mes pensées, à rêvasser ou à imaginer mille vies que je pourrai m'inventer, pilote de ligne, moitié cow boy moitié indien à la recherche d'un trésor perdu au fin fond de la jungle .... un avenir prometteur moi je vous le dis. Mes parents ne l'entendaient pas ainsi. 

"Il est fou"

Bonjour la mine. 

En grandissant mes rêvasseries ne m'ont pas plus aidées. 

Les rendez vous amoureux se transformaient en pugilat, enfin moi je ne disais rien, c'est elles qui parlaient, jugaient et sentencaient.  

J'ai cette fâcheuse habitude qu'une fois ma question posée je n'écoute pas la réponse pensant déjà à

1. La question suivante 

2. Comment fait elle pour être à l'heure avec une telle coiffure, un tel maquillage, une telle tenue 

3. Il faudrait que je lui demande mais pas avant d'avoir écouté sa réponse 

4. Surtout ne pas partir en rêvasserie, écoute la, celle ci je crois que c'est la femme de ma vie 

5. Et si je partais en vacances, je ne sais même pas si il y a une sortie à cette ville noire ?

6. Rho ces cheveux mais regardez ces cheveux!

 

Ce qui inexorablement arrive, arrive. Je sors cette phrase, suivi d'une autre et d'une autre ne sachant m'arrêter, alors qu'elle me regarde avec des yeux ronds attendant depuis 5 minutes de ce lourd silence après sa réponse, réponse que je n'ai pas entendue "et vos cheveux vous les coiffez toute seule ?" "Non Parceque ça tient du miracle" "vous êtes déjà sorti de la ville, ça vous direz des vacances avec moi ?"

Après avoir reçu une main gantée à travers ma joue, je ne crois pas qu'elle ait compris à quelle point je la complimentais et je m'intéressais à elle. 

Ou un peu de trop peut être.

C'est pour moi compliqué, soit on ne dit rien et on passe pour un rustre soit on les effraye ! C'est un des mystères de la vie mais pour l'instant le mystère le plus embêtant est "où suis je !!??" 

Ha oui c'est là où j'en étais avant que cette femme, et rappelons le aux formes douces et agréables, claque la porte.

 

Un rêve, oui un rêve. Mais pourquoi n'y ai pas pensé plutôt. Qu'est-ce que je peux en faire des rêves ! Celui où je me réveille et je suis en retard, je cours nu, à ce moment là de ma vie, je suis un très bel homme, notons le encore une fois, j'aime noter les choses, je m'en aperçois et me réveille en sursaut, puis cours je suis réellement  en retard et je suis toujours nu ! Mais quel corps ! Je note. Et je me réveille pour de bon cette fois. Je rêve de poursuite, de super héros et ceux que je préfère, ceux où je m'aperçois que je suis en train de rêver et je peux tout faire, je suis libre et souvent je vole, c'est un des plus beaux moments de ma vie. 

Dans mes rêves je vole.

 

Je retourne me coucher, encore un rêve éveillé et je songe déjà en m'endormant à quel poison je vais avoir le courage de prendre, je préfère rêver mille fois jusqu'à l'éternité de cette femme, de lumière du soleil, de super héros plus tôt que de retourner à cette ville poussiéreuse de poudre noir. 

 

Ça toque. Laissez moi au moins ça, laissez moi rêver.

Non je n'ouvrirai pas.

Ça toque fort 

Ça toque très fort 

"Mon amour"

"Mon amour ?" 

J'ouvre les yeux, toujours ce rose obsédant, toujours cette commode rose, ce tapis, ces lingeries ..... ce rêve c'est le pompon. 

Je me cogne, genoux gauche extérieur gauche.

Le réveil indique 11:35. Le réveil indique 11:35 ? Je n'ai jamais pu lire l'heure dans mes rêves, nouvelle expérience, petit saut de bonheur dans ma poitrine. 

"Mon amour, Ouvre ! On va être en retard en cours d'histoire de l'art, ta colocataire était furax"

"Mon amour ?" 

"Oui!?" 

"Vous faites erreur Monsieur, je suis en plein rêve et lorsque je me réveillerai je me suiciderai pour rêver éternellement" 

"Audrey arrête tes conneries, on va vraiment être en retard" 

"Audrey .... ?" 

 

À mon amoureux, un jour de fête, t'embrasser encore et encore après 15 ans, comme si c'était hier, vieillir à tes côtés, t'aimer, je t'aime.